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Maison méditerranéenne des sciences de l'homme
Centre Camille Jullian
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France
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Naples : des épaves aux bateaux restitués

Le programme de restitution des navires romains de Naples a démarré au printemps 2009 dans le cadre des activités de recherche du programme d’archéologie navale et maritime et du bureau d’archéologie navale du Centre Camille Jullian.
Il est placé sous la direction de Giulia Boetto (Chargée de recherche CNRS, CCJ), réalisé en collaboration avec Robert Roman (Ingénieur de recherche CNRS, CCJ) et Pierre Poveda (Doctorant allocataire, Université de Provence, CCJ).

Des épaves sous le métro napolitain !

C’est lors des fouilles préventives de la ligne 1 du métro de Naples, Piazza Municipio, que trois épaves datées entre la fin du Ier siècle (Napoli A et C) et la fin du IIe - début du IIIe siècles (Napoli B) ont pu être dégagées des sédiments portuaires qui avaient permis jusque-là leur excellente conservation.

Naples, Piazza Municipio. Vue des trois épaves romaines et des structures portuaires (© Soprintendenza Speciale per i beni archeologici di Napoli e Pompei, cliché F. Avallone)

Naples, Piazza Municipio. Vue des trois épaves romaines et des structures portuaires
(© Soprintendenza Speciale per i beni archeologici di Napoli e Pompei, cliché F. Avallone)

Cette remarquable opération d’archéologie urbaine préventive, dirigée par Daniela Giampaola de la Soprintendenza per i Beni Archeologici delle provincie di Napoli e Caserta (actuellement Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e Pompei) et, sur le terrain, par Vittoria Carsana, s’est conclue début septembre 2004 par l’enlèvement en bloc des deux épaves les mieux conservées, Napoli A et C, grâce à l’utilisation d’une méthode spécifique reposant sur la réalisation d’une coque de verre de résine externe. Immergées en eau douce, ces épaves sont actuellement conservées dans le dépôt de la Surintendance à Piscinola (Naples).

Vue de l'épave Napoli A, fin Ier s. ap. J.-C. (© Soprintendenza Speciale per i beni archeologici di Napoli e Pompei, cliché G. Boetto CCJ-CNRS) {JPEG}






Vue de l’épave Napoli A, fin Ier s. ap. J.-C.
(© Soprintendenza Speciale per i beni archeologici di Napoli e Pompei, cliché G. Boetto CCJ-CNRS)

Choisir les épaves pour le programme de restitution

La découverte des épaves Napoli A et C est d’autant plus remarquable qu’elle nous offre le témoignage archéologique de bateaux de types et de fonctions divers qui ont été abandonnés en même temps et pour des raisons similaires (détérioration des structures) dans le bassin portuaire antique de Naples. Ce sont donc ces épaves qui ont été choisies pour le programme de restitution.

À la suite des tracés des plans de formes restitués, les maquettes de vérification des plans de formes et les tracés des plans de bordé au 1/10e ont été réalisées.

Ce travail s’est poursuivi par une modélisation 3D à travers le logiciel Rhinocéros afin de tester les diverses hypothèses de restitution et d’en évaluer spécifiquement les caractéristiques hydrostatiques. L’objectif est notamment de pouvoir évaluer, pour chacune des hypothèses, leur tonnage et dans une certaine mesure leurs qualités nautiques.

Vue de la proue à tableau de l'épave {Napoli C}, fin Ier s. ap. J.-C. (© Soprintendenza Speciale per i beni archeologici di Napoli e Pompei, cliché G. Boetto CCJ-CNRS) {JPEG}





Vue de la proue à tableau de l’épave Napoli C, fin Ier s. ap. J.-C.
(© Soprintendenza Speciale per i beni archeologici di Napoli e Pompei, cliché G. Boetto CCJ-CNRS)

À l’heure actuelle, c’est le travail sur Napoli C qui est le plus avancé.

Ce bateau, long d’environ 14 m, présente une extrémité à tableau qui le rapproche du type de l’horeia selon la dénomination attestée dans la célèbre mosaïque tunisienne d’Althiburus, véritable catalogue d’embarcations antiques, accompagné de leurs appellations.

Ainsi, l’analyse des représentations romaines d’embarcations de type horeia nous a permis d’établir les dimensions de base (longueur et hauteur) pour notre restitution.
L’iconographie nous a permis également d’aborder la question de la fonction de ce bateau qui était probablement liée au service portuaire, au chargement et au déchargement des navires.

Napoli C. Plan des formes restituées (© Centre Camille Jullian, CNRS-Aix-Marseille Université, P. Poveda, R. Roman 2009)

Napoli C. Plan des formes restituées
(© Centre Camille Jullian, P. Poveda, R. Roman 2009)

Napoli C. Plan développé du bordé (© Centre Camille Jullian, CNRS-Aix-Marseille Université, P. Poveda, R. Roman et G. Boetto 2010)

Napoli C. Plan développé du bordé
(© Centre Camille Jullian, R. Roman, P. Poveda et G. Boetto 2010)

Napoli C. La maquette de vérification des formes, échelle 1/10e (© Centre Camille Jullian, R. Roman, P. Poveda et G. Boetto 2009, cliché L. Damelet) {JPEG}





Napoli C. La maquette de vérification des formes
(© Centre Camille Jullian, R. Roman, P. Poveda et G. Boetto 2009, cliché L. Damelet)

Napoli C. Vue de la proue à tableau de la maquette de vérification des formes, échelle 1/10e (© Centre Camille Jullian, R. Roman, P. Poveda et G. Boetto 2009, cliché L. Damelet) {JPEG}





Napoli C. Vue de la proue à tableau de la maquette de vérification des formes, échelle 1/10e
(© Centre Camille Jullian, R. Roman, P. Poveda et G. Boetto 2009, cliché L. Damelet)

Identifier la proue et de la poupe du navire ?

Compte tenu des difficultés liées à l’absence de marqueurs archéologiques, susceptibles de nous indiquer avec certitude la direction de marche du bateau d’origine (par exemple l’encastrement du mât), il s’est avéré très difficile de déterminer l’orientation de la proue et de la poupe du navire.
Au final, en se basant sur la documentation iconographique, il nous a paru plus cohérent de considérer le tableau comme l’avant du bateau.

- A partir de cela, ce sont deux hypothèses de restitution qui sont actuellement testées par modélisation 3D :

  • La première restitue un bateau propulsé principalement à la voile avec néanmoins la présence de rames d’appoint, pour les manœuvres. Le navire, dont la fonction principale est celle d’une d’allège portuaire, présente un franc-bord élevé ainsi qu’un espace de cale conséquent.

Restitution 3D de l'épave Napoli C (réalisation P. Poveda, CCJ-Université Aix-Marseille) {JPEG}
Restitution 3D de l'épave Napoli C, section longitudinale (réalisation P. Poveda, CCJ-Université Aix-Marseille) {JPEG}





Restitution 3D de l’épave Napoli C (réalisation P. Poveda, CCJ-Université Aix-Marseille)

  • Dans la deuxième hypothèse, le bateau présente une vraie propulsion mixte, à la voile et à la rame lui permettant d’assurer diverses fonctions de servitude portuaire (transbordement, remorquage, etc…). L’espace de cale, de même que le franc-bord, s’en trouve alors fortement réduits.

- La première hypothèse de restitution a été privilégiée pour la construction d’une maquette d’exposition au 1/5e pour le Musée archéologique de Naples.
Cette maquette de grandes dimensions (environ 2,80 m) est actuellement en cours de réalisation par R. Roman. Elle aura sûrement une place d’honneur parmi la riche collection d’objets de l’exposition consacrée aux fouilles archéologiques du métro.

Napoli C. La maquette d'exposition, échelle 1/5e, en cours de réalisation (© Centre Camille Jullian, CNRS-Aix-Marseille Université, cliché L. Damelet)réalisation {JPEG}



Napoli C. Maquette d’exposition, échelle 1/5e, en cours de réalisation
(© Centre Camille Jullian, CNRS-Aix-Marseille Université, cliché L. Damelet 2010)

Napoli C. Vue du côté tribord de la maquette d'exposition, échelle 1/5e (© Centre Camille Jullian, CNRS-Aix-Marseille Université, cliché L. Damelet) {JPEG}
Napoli C. Vue du côté tribord de la maquette d’exposition, échelle 1/5e
(© Centre Camille Jullian, CNRS-Aix-Marseille Université, cliché L. Damelet 2010)

Pour en savoir plus sur les épaves et le port de Naples :

  • Allevato E. Russo Ermolli E., Boetto G., Di Pasquale G., Pollen-wood analysis at the Neapolis harbour site (1st-3rd century AD, southern Italy) and its archaeobotanical implications. Journal of Archaeological Science, 37, 2010, p.2365-2375.
  • Boetto G., Le navi romane di Napoli, dans D. Giampaola et alii, La scoperta del porto di Neapolis : dalla ricostruzione topografica allo scavo e al recupero dei relitti. Archeologia Maritima Mediterranea, 2, 2005, p. 63-76.
  • Boetto G., News archaeological evidences of the Horeia-type vessels : the Roman Napoli C shipwreck from Naples (Italy) and the boats of Toulon (France) compared. In : R. Bockius (ed.), “Between the seas” : Transfer and exchange in Nautical Archaeology, Proceedings of the 11th International Symposium of Boat and Ship Archaeology, ISBSA 11 (Mainz 2006), Tagungen RGZM, Mainz, 2009, p. 289-296.
  • Boetto G., Carsana V., Giampaola D., Il porto di Neapolis e i suoi relitti. In : X. Nieto, M. A. Cau (eds.), Arqueologia Nàutica Mediterrània, (Monografies del CASC, 8), CASC- Museu d’Arqueologia de Catalunya, Girona, 2009, p. 457-470.
  • Boetto G., Carsana V., Giampaola D., I relitti di Napoli e il loro contesto portuale. In : S. Medas, M. D’Agostino, G. Caniato (dir.), Archeologia, storia, etnologia navale, Atti del I Convegno Nazionale (Cesenatico 2008), Edipuglia, Bari, 2010, p. 115-122.
  • Carsana V., Febbraro, S., Giampaola D., C. Guastaferro, G. Irollo, M.R. Ruello, Evoluzione del paesaggio costiero tra Parthenope e Neapolis : una sintesi geoarcheologica per l’area dell’antico porto. In : V. Amato, N. Marriner, Ch. Morhange, P. Romano, E. Russo-Ermolli (éds), Géoarchéologie de la péninsule italienne : mélanges offerts au professeur Aldo Cinque = La ricerca geoarcheologica in Italia : in onore di Aldo Cinque ;Geoarchaeology of Italy : a tribute to Aldo Cinque, Méditerranée, 112, 2009, p. 14-22.
  • Giampaola D., Carsana V., La fascia costiera di Napoli : dallo scavo al museo della città. In : F. Gravina (ed.), Comunicare la memoria del Mediterraneo, Atti del Convegno Internazionale (Pisa 2004), éditions Centre Jean Bérard-Centre Camille Jullian, Naples/Aix-en-Provence, 2007, p. 205-215.

Glossaire :

  • méthode de la coque de verre de résine externe : cette méthode d’enlèvement des épaves a été élaborée en Italie et prévoit la couverture des vestiges archéologiques par une couche de silicone suivie de plusieurs couches de verre de résine. L’épave est maintenue par un puissant cadre en acier et par des gabarits en bois. La coque en verre de résine a la fonction de soutenir les structures et constitue, en même temps, le bassin étanche qui permet de maintenir les vestiges constamment immergés en eau douce lors du stockage en dépôt. À Naples, la mise en œuvre de cette coque a permis l’étude détaillée de la surface externe du bordé qui est normalement cachée par les sédiments.
  • plan de forme restitué : le plan de formé restitué est une restitution graphique visant à rectifier les déformations des vestiges de la carène. Il comporte des plans trois vues composés de sections transversales, longitudinales et horizontales de la coque.
  • maquette de vérification : la maquette de vérification du plan de forme, en contre-plaqué et carton, permet de contrôler dans les trois dimensions la pertinence des restitutions proposées qui sont corrigées jusqu’à obtenir sur la maquette une parfaite adéquation des vestiges archéologiques au plan de forme.
  • plan de bordé : le plan de bordé est le tracé en développé de la forme de chaque bordage du navire.