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Maison méditerranéenne des sciences de l'homme
Centre Camille Jullian
UMR 7299
5 rue du Château de l'Horloge
BP 647
13094 Aix-en-Provence
France
+33 (0)4 42 52 42 68

Accueil > Archives du site > Sur le terrain > Chantiers de fouilles > ROUMANIE, département de Tulcea, Jurilovca : Orgamè/Argamum

Campagnes 2010

Les campagnes 2010 :
- du 28 août au 18 septembre 2010 : études paléoenvironnementales, coupes géo-électriques, mise à jour de la carte archéologique régionale, fouilles et prospections (secteurs de l’enceinte grecque, du faubourg périurbain, d’Ivan Bayr et Zimbru).
- Du 4 octobre au 17 octobre : études céramologiques et archéométriques.
- Du 30 octobre au 5 novembre : carottages dans le cadre des études géomorphologiques et palynologiques ; études macrobiologiques et anthracologiques du contenu des fosses du Hallstatt découvertes sur le site de Zimbru

Cette première mission conjointe, organisée dans le cadre du programme ANR Pont-Euxin, s’est déroulée en trois périodes successives de travail. Elle s’est avérée particulièrement fertile grâce à la participation active de plusieurs équipes investies dans les actions suivantes :
-  Un volet paléoenvironnemental articulé autour d’une évaluation préliminaire du terrain, permettant le prélèvement des échantillons de surface nécessaires aux analyses archéobotaniques et palynologiques, ainsi qu’à la détermination des points de carottage (D. Kaniewski, Ch. Morhange). Ces derniers ont été réalisés après transfert sur place du matériel nécessaire lors d’un second séjour (G. Bony, N. Marriner, I. Rossignol).
- un volet archéométrique et céramologique destiné à l’échantillonnage de la céramique issue des prospections et des fouilles du secteur de Zimbru, ainsi que de plusieurs sites régionaux. Les analyses chimiques de ce matériel seront conduites au laboratoire Céramologie de Lyon (CNRS-UMR 5138) (P. Dupont).
- Un volet cartographique et photo-interprétatif par la mise en place d’un support cartographique numérique et d’un S.I.G. (P. Lebouteiller) et par l’analyse des clichés satellites et aériens anciens disponibles (A. Comfort, R. Delfieu, M. Guy).
- Un large volet archéologique portant à la fois sur la détermination des limites de l’espace urbain grâce aux fouilles conduites sur la fortification hellénistique (M. Mănucu-Adameṣteanu), ainsi que sur l’habitat et les nécropoles extra-muros d’époque romaine (M. Iacob). Ces recherches ont bénéficié de plusieurs coupes géo-électriques, lesquelles se sont étendues également à la zone portuaire attenante. Parallèlement, une campagne de prospections systématiques a été menée sur le secteur littoral de Zimbru, situé au nord de la péninsule, appuyée par plusieurs sondages, ainsi que par la fouille du tumulus voisin d’Ivan Bayr (A. Baralis, V. Lungu).

ACTION 1

Ch. Morhange et G. Bony ont réalisé du 28 août au 3 septembre une première évaluation des dynamiques géomorphologiques locales, tandis que D. Kaniewski a procédé à une étude de la végétation actuelle, accompagnée de plusieurs échantillonnages de surface. Quatre carottages ont été effectués, du 30 octobre au 5 novembre, le long de la zone portuaire, ainsi que sur le littoral sud de la péninsule et à proximité de l’île voisine de Bisericuţa.
L’ensemble de ce matériel est actuellement en cours d’analyse au Cerege (UMR 6635, Aix-en-Provence) et à EcoLab (UMR 5245, Toulouse). L’objectif est de définir à terme la nature et la chronologie des changements apportés au couvert végétal, d’identifier d’éventuelles crises sédimentaires potentiellement connectées à ces derniers, de cerner la mobilité du littoral et de préciser le rythme d’accumulation des sédiments le long des rivages sud de la péninsule. Enfin, de nouvelles données devraient éclairer sous un nouveau jour la fermeture de l’ancien golfe marin et sa transformation progressive en lagune.

carottage 2010

Campagne de carottage, 30 octobre-5 novembre 2010
(© Guénaelle Bony, CNRS-CEREGE)

Sous la direction de :

  • David KANIEWSKI (EcoLab, UMR 5245), professeur
  • Christophe MORHANGE (Cerege, UMR 6635), professeur

Avec la participation de :

  • Guénaelle BONY (Cerege, UMR 6635), doctorante
  • Nick MARRINER (Cerege, UMR 6635), chercheur
  • Ingrid ROSSIGNOL (EcoLab, UMR 5245), doctorante

ACTION 2

P. Dupont s’est rendu sur place du 4 au 17 octobre afin d’échantillonner le matériel céramique issu des fouilles des secteurs d’Ivan Bayr et Zimbru, ainsi que de celles plus anciennes portant sur les zones funéraires situées à l’ouest de la colonie. L’objectif de cette mission est de compléter le réseau de références locales sur le secteur d’Orgamè dans le cadre d’une étude de différenciation régionale avec les colonies grecques voisines et les établissements autochtones de l’arrière-pays.
Cette recherche doit permettre à terme de cerner la nature des relations qui lient la cité avec les ateliers de production potentiels de l’intérieur, tel celui pressenti sur l’oppidum gète de Beidaud, et de reconstituer les courants d’échange régionaux en éclairant le rôle joué par Orgamè dans ces derniers. Le matériel est actuellement en cours d’analyse au Laboratoire de Céramologie de la Maison de l’Orient à Lyon (UMR 5138).

Sous la direction de :

  • Pierre DUPONT (Laboratoire d’archéologie et d’archéométrie, CNRS-UMR 5138), chercheur.

ACTION 3

P. Lebouteiller a réalisé à l’Institut Français d’Etudes Anatoliennes un support cartographique unique en trois dimensions incorporant en fond les cartes topographiques au 1/5000e, tout comme les clichés aériens et satellites disponibles. Il a relevé sur place l’ensemble des secteurs fouillés sur la nécropole, ainsi que le long de l’enceinte protobyzantine. Son séjour enfin a permis le développement d’un S.I.G. nécessaire à la réalisation des prospections de surface. Une équipe de photo-interprètes (A. Comfort, R. Delfieu, M. Guy) est venue enrichir ce fond en repérant l’ensemble des anomalies visibles, en particulier les tumuli dont ils ont dressé un inventaire prequ’exhaustif dans le triangle Jurilovca-Cearmurlia de Jos-Enisala.
Les vérifications effectuées sur le terrain ont permis par ailleurs d’identifier plusieurs sites encore inconnus et de procéder à de nombreuses observations sur les réseaux anciens de routes. Enfin, la survivance de fossés et chemins appartenant à des parcellaires réguliers anciens est déduite de l’étude des images satellites et de l’observation d’une coupe en carrière et donnera lieu à de multiples sondages en 2011.

Avec la participation de :

  • Pascal LEBOUTEILLER (IFEA-Istanbul), topographe
  • Anthony COMFORT (Université d’Exeter), honorary fellowship
  • René DELFIEU, photo-interprète
  • Max GUY (CNRS-UMR 5140), chercheur associé

ACTION 4

L’appréhension des limites dévolues à l’espace urbain et la compréhension de leur mobilité constituent pour les périodes les plus anciennes un des enjeux majeurs de la recherche sur le site d’Orgamè. Pour répondre à cette question et suivant des indices archéologiques et topographiques antérieurement repérés, M. Mănucu-Adameşteanu conduit, depuis 1998, des fouilles dans le secteur « S.I.G. », situé en dehors des fortifications de la cité protobyzantine.
Dans la zone qui sépare la fortification protobyzantine de la zone portuaire au sud de la ville, ces fouilles systématiques ont mis en évidence un tronçon de mur (23 m longuer et 2,60 m largeur), élevé en fines dalles de calcaire local, conservé sur l’hauteur de 3-5 rangées, daté, selon des critères stratigraphiques, du IVème siècle av. J.-C. Par sa position en marge de l’espace urbain, par son tracé, parallèle à la ligne du rivage, et son exceptionnelle longueur, ce mur semble difficilement répondre à un simple aménagement en terrasse du terrain et constitue vraisemblablement un tronçon de la fortification grecque.
Plusieurs autres sondages du même côté de la cité protobyzantine ont mis en évidence des traces en négatif du parcours de l’enceinte grecque, sur une longueur totale de 450 m. Adossé à son parement extérieur, qu’il a partiellement détruit, un four, d’un diamètre de 3,70 m, a été identifié en 2007. Des vestiges divers de l’occupation de cette zone au premier age du fer, à l’époque grecque et au VIème siècle apr. J.-C. ont été également repérés par les fouilles des années 1970-2009.

Du 30 août au 18 septembre 2010, dans le cadre du programme ANR Pont-Euxin, une nouvelle fouille sur le secteur « S.I.G. Sud », qui sépare la fortification protobyzantine de la zone portuaire au sud de la ville, a été entreprise, destinée à éclaircir la chronologie et la fonction (identification d’éventuelles productions) du grand four, adossé à la fortification grecque.
Cette recherche, déployée sur une aire de 72 m2, a conduit à l’identification de trois étapes de fonctionnement du four, toutes à rapporter au VIème siècle apr. J.-C. Aucun indice de production céramique liée au fonctionnement du four n’a pu être saisi. En revanche, la présence d’une couche compacte de mortier à chaux au niveau de construction du four suggère son utilisation pour la calcination de la pierre calcaire, lors de la construction de la fortification protobyzantine. Les travaux dans le secteur de fouille « S.I.G. Sud » se sont poursuivis durant le mois d’octobre sur la base du financement annuel alloué par le Ministère roumain de la culture.

Sondage SIG 2010

Le sondage S.I.G. (Secteur Incintă Greacă), fouilles 2010
(© M. Mănucu –Adameşteanu, Institut d’archéologie « Vasile Pârvan »)

Sous la direction de :

  • Mihaela MĂNUCU-ADAMEŞTEANU (Institut d’Archéologie « V. Pârvan », Bucarest), chercheuse

Avec la participation de :

  • Andrei OPAIŢ (Institut d’Archéologie, Iaşi), chercheur
  • Monica MĂRGINEANU CÂRSTOIU (Institut d’Archéologie « V. Pârvan », Bucarest), architecte
  • Virgil APOSTOL (Musée National d’Histoire, Bucarest), architecte
  • Stefan HONCU (Université Al. I. Cuza, Iaşi), étudiant
  • Vera RUSU (Institut de recherches eco-musélaes, Tulcea), restauratrice

ACTION 5

Parallèlement, M. Iacob a poursuivi ses travaux sur le secteur périurbain grâce à un financement mixte du programme ANR Pont-Euxin et du Ministère roumain de la culture. L’histoire de cet espace, qui borde l’ancienne zone portuaire, se révèle particulièrement complexe. Les fouilles ont mis en lumière les changements permanents dans son usage, liés à l’alternance de phases d’habitat (fosse à déchet du IIe s. ap. J.-C. ; faubourg extra-muros des Vème et VIème s. ap. J.-C.) qui succède chacune à une zone funéraire (hellénistique / IIIème et IVème ap. J.-C.). Ces travaux permettent ainsi de saisir pour les périodes les plus anciennes la transition entre les nécropoles archaïques et hellénistiques étudiées par M. Lungu et la ville proprement dite, tandis qu’ils révèlent au-delà des phases d’extension et de rétraction de la cité le caractère discontinu du faubourg extra-muros protobyzantin. Le matériel anthropologique est étudié par Ph. Charlier (CHU Garches).

Faubourg extra-muros 2010

Aperçu des fouilles du secteur extra-muros, campagne 2010
(© Mihaela Iacob, ICEM-Tulcea)

Sous la direction de :

  • Mihaela IACOB (Institut de recherches éco-muséales de Tulcea), chercheuse

Avec la participation de :

  • Ion COROPCEANU (Université Dunărea de Jos, Galați), étudiant (magistère de recherche)
  • Roxana COADA (Université Dunărea de Jos, Galați), étudiante

ACTION 6

L’étude des enceintes de la colonie, de la zone portuaire, du secteur extra-muros et des zones funéraires, a bénéficié de l’apport d’une équipe de géophysiciens en la personne de D. Hermitte et J.-C. Parisot. Ces derniers ont réalisé près de six coupes géo-électriques, lesquelles se sont avérées particulièrement riches en informations. Elles ont confirmé les observations de nos confrères sur la succession des fortifications grecque et protobyzantine sur la pente sud de la ville, tout en identifiant une potentielle succession serrée de bâtiments le long des rives. Plus à l’ouest, dans une zone encore peu explorée par de fouilles archéologiques, ces travaux ont confirmé les observations acquises lors des fouilles de 2008 en secteur « S.I.G. Ouest », en saisissant les techniques employées pour l’érection des deux lignes de défense, réalisées par le creusement de fossés périphériques et l’accumulation voisine du matériel extrait, tout en démontrant le caractère discontinu du faubourg périurbain des Vème et VIème s. ap. J.-C. Enfin, ils ont permis de recouper une des routes qui traversent les zones funéraires et d’identifier la trace d’un édifice.

Orgamè - coupe n°1

Orgamè. Coupe n°1
(© D. Hermitte, J.-C. Parisot (CEREGE))

Sous la direction de :

  • Daniel HERMITTE (CEREGE, UMR CNRS 6635), ingénieur
  • Jean-Claude PARISOT (CEREGE, UMR IRD 161), chargé de recherche

ACTION 7

Reprenant et élargissant les précédents travaux réalisés dans les années 1980 sur le territoire proche d’Orgamè (établissement de Vişina et Salcioara ; fouilles M. Mănucu-Adameşteanu), une première campagne de prospection s’est tenue au nord-est de la péninsule, dans le secteur de Zimbru (A. Baralis, V. Lungu). Les résultats obtenus sur une superficie de 13,5 ha révèlent un usage continu de cet espace depuis l’Age du Fer jusqu’à la période ottomane. De fortes disparités chronologiques ont pu être mises en avant, les bas de pente indiquant une importante fréquentation durant la période médiévale, matérialisée par une concentration notable de céramique de type Dridu, alors que les amphores archaïques, classiques et hellénistiques l’emportent partout ailleurs dans les assemblages plus en hauteur. Ces indications, couplées à la répartition de moellons remontés à la surface par les travaux agricoles, nous ont conduit à établir un sondage en bas de pente (Sondage 3). Ce dernier a livré les vestiges perturbés d’un habitat médiéval qui se superposent à une couche contenant plusieurs fragments d’amphores des VIème-IVème s. av. J.-C. (Chios, Thasos…). Quatre autres sondages (S1, S2, S6 et S7), effectués à proximité de la lagune, ont livré les fonds de plusieurs fosses dont la partie supérieure a été détruite, avec les vestiges de l’habitat attenant, par les labours. Leur remplissage contenait trois pointes de flèche dont deux monétaires du VIème s. av. J.-C., des fragments d’amphores grecques de transport associés à de la céramique tournée de tradition hallstattienne ou de type de La Tène. Le tamisage des sédiments, réalisé en partie grâce à la venue d’I. Slavova, a permis de récolter un nombre significatif de grains de blé carbonisés, ainsi que de nombreux charbons. L’analyse des restes macrobiologiques a été confiée à E. Marinova-Wolff et I. Slavova.

prospections secteur Zimbru
Prospections sur le secteur de Zimbru
(© V. Lungu, IESEE-Bucarest)

En parallèle, le tumulus qui coiffe la colline d’Ivan Bayr, située en surplomb du secteur de Zimbru, a fait l’objet d’une première campagne de fouille. Quatre tombes de l’Age du Fer, disposées sous une couverture de moellons perturbée par l’érection d’un repère géodésique moderne, ont été étudiées. L’une d’entre elles occupait le centre du tumulus, tandis que les trois autres se trouvaient dans une position excentrée (secteur D). Elles concernent respectivement trois inhumations en position fœtale, protégées par d’importants blocs de pierre, et une dernière en décubitus dorsal. Une fréquentation continue du site durant les périodes antique et médiévale est visible au travers des multiples tessons d’amphores et de céramique hellénistiques, ainsi que des fragments de céramique de type Dridu, présents en surface dans le remblai de couverture.

fouilles tumulus d'Ivan Bayr
Aperçu des fouilles du tumulus de la colline d’Ivan Bayr
(© A. Baralis, CNRS-CCJ)

Sous la direction de :

  • Alexandre BARALIS (CCJ), chercheur
  • Vasilica LUNGU (Institut de Recherches Sud-Est Européennes, Bucarest), chercheuse

Avec la participation de :

  • Elena MARINOVA-WOLFF (Université catholique de Louvain), chercheuse
  • Carmen ROGOBETE (Université de Cluj-Napoca), doctorante
  • Ivanka SLAVOVA (Université St Clément d’Ochrid, Sofia), doctorante
  • Alexandra DOLEA (Université de Bucarest), doctorante
  • Alina MUSAT (Université de Bucarest), doctorante