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Maison méditerranéenne des sciences de l'homme
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Frontières du patrimoine : déplacement et circulation des objets et oeuvres d’art

De l’Antiquité : la Grèce à Rome et à Paris

FRONTIERES DU PATRIMOINE
DEPLACEMENT ET CIRCULATION DES OBJETS ET OEUVRES D’ART

- Nabila OULEBSIR, Université de Poitiers, Gerhico / CRIA, UMR 8131, EHESS.
- Dominique POULOT, Université Panthéon-Sorbonne, LAHIC.
- Astrid SWENSON, Brunel University, West London/Cambridge Victorian Studies Group (Royaume Uni)

SEANCE 1 : 19 novembre 2010 - De l’Antiquité : la Grèce à Rome et à Paris.

(14h-17h - Salle 242 - EHESS, 54 Boulevard Raspail, 75006 Paris)

- Karolina Kaderka (doctorante à l’EPHE, chargée de cours à l’Université de Marne-la-Vallée), Transferts d’oeuvres, transferts d’artistes : la Grèce à Rome, l’exemple de l’architecture sacrée.

Alors que le déplacement des oeuvres artistiques et patrimoniales lors de conflits politiques survenus à l’époque contemporaine suscite à ce jour de multiples débats, l’Antiquité classique constitue un exemple à part mais tout aussi actuel. Les prises de guerre par les Romains d’oeuvres grecques lors de leur expansion vers l’Orient insistait sur la conquête d’un territoire ayant appartenu à une culture majeure - celle des Grecs -, néanmoins, leur admiration des oeuvres d’art et des autres formes de la culture grecque les incitait à acquérir également ces oeuvres en grand nombre pour des sommes considérables en tant qu’objets d’art et, par la suite, à engager des artistes grecs à Rome pour des commandes spécifiques.
Le décor sculpté de l’architecture sacrée est un exemple particulièrement pertinent pour observer à la fois le caractère triomphal des oeuvres grecques déplacées à Rome par l’exposition du butin grec dans un temple romain, et l’attachement des Romains à la culture grecque, souligné par les décors de certains temples romains conçus par des sculpteurs grecs. De tels déplacements d’oeuvres et d’artistes, étudiés ici à travers des temples précis, montrent l’expression d’une puissance dominant le monde méditerranéen, tout en admettant la grandeur de la culture grecque dont par ailleurs les Romains se pensaient comme étant les continuateurs, en soulignant parfois même la noble descendance de ses élites des divinités ou des héros grecs.

- Sophie Schvalberg (docteur en histoire de l’art, formatrice à l’IUFM de Versailles-Université de Cergy-Pontoise), Copies d’antiques, créations à l’antique : la réception des marbres du Parthénon à Paris, au XIXe siècle.

Après avoir rappelé les péripéties et les enjeux de « l’affaire Elgin » à Londres, il sera question d’analyser les différents éléments, textuels et iconiques, révélant tout l’intérêt des artistes et des savants parisiens pour les marbres du Parthénon, découverts après la chute de l’Empire. Sous la Restauration, qu’on aille les voir directement au British Museum, ou qu’on les reproduise sous forme de moulages, ces authentiques sculptures grecques viennent bouleverser le regard et les certitudes esthétiques des tenants du néoclassicisme, comme de certains artistes plutôt rangés parmi les romantiques. Cela peut s’observer par une brève analyse de quelques sculptures françaises des années 1820-1830 citant littéralement les figures des frontons athéniens.

La fortune pédagogique de ces marbres est intéressante à double-titre :
dans la collection de plâtres de l’École des Beaux-Arts, comme dans le jugement du concours du Prix de Rome, on peut mesurer le conservatisme des paradigmes visuels de l’institution académique. En effet, si l’on se réfère aux écrits des sculpteurs-professeurs, les marbres du Parthénon conservent jusqu’à la fin du siècle une place de choix dans leur panthéon plastique.

Simultanément, ces pièces subissent, comme la Vénus de Milo, une diffusion de plus en plus commerciale et constituent un parfait exemple de la nouvelle industrie du moulage, laquelle se développe avec le goût bourgeois pour le bibelot culturel. Les marbres du Parthénon entrent alors dans le musée imaginaire de M. Prudhomme.