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Maison méditerranéenne des sciences de l'homme
Centre Camille Jullian
UMR 7299
5 rue du Château de l'Horloge
BP 647
13094 Aix-en-Provence
France
+33 (0)4 42 52 42 68

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PESENTI Michaël (Doctorant)

Doctorant rattachée au Centre Camille Jullian
Bourse doctorale financée Europe-Région BDR 2009-2012
Contact : mikapes@yahoo.fr

Thèse soutenue le 02/07/2015

Titre de la thèse :

Amphores grecques en Egypte saïte :
histoire des mobilités méditerranéennes archaïques.

Note préliminaire des directeurs de la thèse

Ce projet qui associe le Centre Camille-Jullian (Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme - Université Aix-Marseille I) et le Centre d’Etudes Alexandrines s’inscrit non seulement dans une collaboration entre laboratoires de recherches ayant des intérêts communs mais aussi dans le cadre de l’accord de coopération entre la Région PACA et le Gouvernorat d’Alexandrie. Le projet en question constitue un axe de recherche neuf et pertinent dans la mesure où il a l’ambition de caractériser certains aspects fondateurs encore méconnus de la construction des réseaux méditerranéens à une échelle véritablement méditerranéenne. Au-delà de la thématique, il fonde son originalité sur la mise en œuvre de procédures méthodologiques testées et éprouvées ces dernières années en région PACA et qu’il convient de diffuser auprès de nos partenaires scientifiques égyptiens.

Description du projet de recherches :

L’époque saïte égyptienne (VIIe – VIe s. av. J.-C.) est une période souvent délaissée par les égyptologues classiques qui y voient un moment de déclin historique caractérisé par une grande instabilité politique, un affaiblissement du pouvoir central pharaonique et une perte progressive d’identité culturelle. Conçue comme une longue « transition » entre les fastes des dernières grandes dynasties prestigieuses (celle des Raméssides vers 1075) et la conquête d’Alexandre (332 av. J.-C.), cette période est néanmoins le moment méconnu d’une suite de transformations économiques et culturelles qui n’engagent pas seulement l’Egypte, mais s’intègrent dans une histoire économique et sociale transméditerranéenne au cœur des problématiques historiques contemporaines.
L’Egypte dont la puissance reste traditionnellement continentale se tourne alors vers la Méditerranée, vraisemblablement sous l’impulsion d’un contexte d’invasions et de dépendances envers l’empire assyrien qu’elle entend enrayer.
L’arrivée au VIIe s. av. J.-C. de mercenaires grecs et leur installation dans des établissements concédés par le pouvoir local sont à l’évidence les premiers signes tangibles de contacts interculturels avec le monde méditerranéen qui ouvrent une période nouvelle pour l’Egypte dont l’une des caractéristiques visibles est le développement rapide de relations commerciales, notamment avec le monde égéen. Quelques décennies plus tard, vers la fin du VIIe s. av. J.-C., le pouvoir pharaonique accorde la concession d’un établissement à vocation commerciale (emporion) à Naucratis, destiné à recevoir les commerçants grecs afin qu’ils puissent y mener leurs affaires en terre égyptienne tout en restant sous l’autorité de Pharaon. S’ouvre alors une ère dynamique d’échanges qui se traduit notamment par la diffusion de vins et de produits grecs dans les milieux égyptiens, mais surtout fait de l’Egypte l’un des points fondamentaux de l’activité méditerranéenne de nouveaux commerçants grecs (les emporoï), de Naucratis à Huelva (Andalousie), en passant par Gravisca (Etrurie méridionale, Italie) et Marseille. Personnages emblématiques de cette nouvelle activité très lucrative : la famille de marchands d’Egine portant le nom de Sostratos , dont une dédicace en grec découverte à Naucratis (début VI e s.) fait écho à celle découverte à Gravisca (fin VI e s.) et dont certains indices épigraphiques suggèrent la présence également à Marseille.
Nos connaissances sur cette période et le cadre de ces échanges reposent pour partie sur les textes grecs, mais aussi pour une part primordiale sur les découvertes archéologiques anciennes à Naucratis (Petrie, 1886) et dans divers établissement du delta du Nil à l’instar de Daphnae (Petrie, 1888). Les synthèses sur la question (R.M. Cook en 1937 et surtout J. Boardman en 1964) sont néanmoins déjà anciennes. Malgré leur caractère pionnier, elles n’intègrent qu’une partie des mobiliers recueillis puisque, par exemple, les amphores commerciales, élément majeur du phénomène, n’ont jamais été étudiées, faute de travaux sur ces catégories au moment de leur rédaction. Par ailleurs, la nécessaire dimension quantitative des échanges ne faisait pas encore partie des préoccupations des chercheurs. Depuis lors, l’activité archéologique en Egypte n’a cessé de fournir une documentation nouvelle dans divers sites du Delta ( « Migdol », Kédua, Tell El-Herr, Tanis, Bouto, …) mais aussi jusqu’à la Haute-Egypte (Elephantine), en passant par Abousir, Karnak ou bien encore Gourna. Sur ces découvertes, parfois à peine signalées, peu de travaux ont été menés. Néanmoins, le peu qui a été publié ouvre un champ d’investigation considérable qui suggère un profond renouvellement des synthèses passées.

Les travaux sur les amphores commerciales qui se sont développés ces dernières années, notamment ceux d’A. Tchernia ou de J.-Y. Empereur, pour d’autres contextes culturels et d’autres périodes ont bien montré la richesse interprétative que nous pouvons tirer de l’étude de ces objets, éclairant les phénomènes commerciaux aussi bien que les aspects sociaux et identitaires liés aux modes de consommations des produits. Tant d’un point de vue documentaire que d’un point de vue méthodologique, une étude approfondie de la diffusion des amphores archaïques en milieu égyptien apparaît donc aujourd’hui pertinente.
Ainsi, l’intégration des données amphoriques, rendue possible par une documentation disponible non étudiée, de nouvelles connaissances de ces matériaux et par les aspects quantitatifs de leur diffusion en Méditerranée est susceptible de répondre à la problématique des mobilités en Méditerranée archaïque. Cette problématique vise à comprendre comment s’intègre l’Egypte et ses emporia dans la « Méditerranée des emporia » ainsi que d’évaluer l’impact commercial et culturel de l’introduction des vins grecs dans la société égyptienne d’époque saïte en plaçant les contextes de leurs découvertes au cœur du questionnement (par exemple, les dépôts dans des tombes de hauts dignitaires trahissent-ils un signe de prestige ? un mode de consommation ? Une transformation de la fonction première de l’objet ? Une appartenance identitaire ?)
Dans un premier temps de la recherche il s’agira de recenser de façon exhaustive la totalité des amphores grecques archaïques découvertes sur le sol égyptien. La reprise des collections anciennes des sites du Delta, compliquée par la dispersion dans différents musées et collections privées ainsi que par les difficiles évaluations quantitatives liées aux méthodes anciennes de fouilles et de conservations, sera pondérée par des travaux sur des sites fouillés plus récemment. Ces derniers vont permettre non seulement d’accroître considérablement la base du corpus mais aussi de mettre en œuvre une approche quantitative et contextuelle, tant du point de vue des circulations méditerranéennes que de la pénétration de ces nouveaux produits dans la société saïte.
En résumé, le but de cette enquête est de dresser un panorama profondément renouvelé, aussi bien par l’augmentation et la qualité de la précision du corpus que par l’utilisation de nouvelles méthodes d’approche quantitative, de l’activité des Grecs en Egypte et de leur intégration dans les réseaux transméditerranéens, mais aussi, en déplaçant le point de vue, d’évaluer et d’analyser l’impact et la diffusion d’un produit nouveau dans la société égyptienne d’époque saïte.
Au-delà de la nécessaire approche « archéographique », cette étude a l’ambition de s’inscrire plus largement dans les débats croisés relatifs à la construction d’une histoire méditerranéenne conçue de manière globale, suivant en cela les réflexions de M. Gras : « étudier la Méditerranée, en temps qu’espace culturel enrichi par des apports divers mais compatibles entre eux, c’est donc envisager des lectures transversales qui échappent aux divisions académiques ». L’étude de cas de l’Egypte saïte, conçue dans sa singularité propre, constituera une base de réflexion sur les mobilités et les phénomènes de contact interculturels qui sont des points fondamentaux sur lesquels s’est construite la maîtrise par les hommes de l’espace méditerranéen.
Pour mener à bien ce projet, l’installation en Egypte est indispensable et le soutien conjoint du Centre Camille-Jullian (Aix-en-Provence) et du Centre d’Etudes Alexandrines (Alexandrie) constitue un support original particulièrement adapté.