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Maison méditerranéenne des sciences de l'homme
Centre Camille Jullian
UMR 7299
5 rue du Château de l'Horloge
BP 647
13094 Aix-en-Provence
France
+33 (0)4 42 52 42 68

Accueil > Archives du site > Sur le terrain > Chantiers de fouilles > ITALIE, Rome : la Vigna Barberini et la cenatio rotunda de Néron (Palatin)

Présentation de la fouille du Palatin

En 2009, à Rome, sur le Palatin (fig. 1), le Centre Camille Jullian a été directement associé à la découverte d’une construction antique qui pourrait être la célèbre salle à manger tournante du palais de Néron, dont Suétone dit qu’elle tournait jour et nuit sur elle-même (praecipua cenationum rotunda, quae perpetuo diebus ac noctibus vice mundi circumageretur, SVET., Nero, XXXI, 3). Relayée par les médias, la nouvelle a fait rapidement le tour du monde et, depuis, l’intérêt du public n’a pas flanché.

1- Vue de la Vigna Barberini

Fig. 1. Vue aérienne du site de la Vigna Barberini, sur laquelle a été réalisée la découverte
(cliché SAR 1999)

Face à cette découverte exceptionnelle, la Surintendance de Rome a obtenu des moyens pour poursuivre la fouille en 2010. En parallèle, elle s’est appuyée sur deux interlocuteurs français – le CNRS et l’École française de Rome – auxquels elle demande d’apporter un soutien scientifique à l’opération.

Un édifice remarquable

Si, au stade actuel, il est encore difficile d’affirmer que les vestiges mis au jour en 2009 sont bien ceux de la cenatio rotunda, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un édifice remarquable, appartenant certainement au palais de Néron. Son architecture, qui se caractérise par l’audace des solutions adoptées et par la qualité de la réalisation, en fait un unicum dans le monde romain de l’époque impériale.

L’élément partiellement mis au jour correspond au soubassement sur lequel était installée la salle à manger (fig. 2 et 3).

2- Coupe perspective

Fig. 2. Coupe perspective représentant la construction néronienne, dressée sur le niveau de circulation contemporain, puis ensevelie dans les remblais employés pour créer la grande terrasse artificielle destinée à supporter un corps du palais flavien
(dessin J. Schodet 2011)

3- Relevé des vestiges

Fig. 3. Relevé des vestiges néroniens dégagés en 2009 et 2010 et restitution des parties qui ont été détruites par des constructions postérieures ou qui n’ont pas encore été mises au jour
(dessin M.S. Bianchi 2010)

Cette dernière, faite de matériaux périssables probablement associés à des éléments précieux, a été entièrement démantelée au début de l’époque flavienne. Il reste donc son support, une tour mesurant 16 m de diamètre et 12 m de hauteur, au centre de laquelle se dresse un pilier de 4 m de diamètre, relié au mur du pourtour par deux séries de huit arcs situées l’une au sommet, la seconde à mi-hauteur (fig. 4).

4-Pilier central

Fig. 4. Le pilier central de la construction néronienne, au niveau du 1er étage
(cliché SSBAR-EFR 2010)

Le soubassement, dont l’architecture exprime robustesse et puissance, ne porte aucune trace d’un aménagement supérieur réalisé en grand appareil ou en blocage. Les seules empreintes visibles appartiennent à des installations au caractère pour le moins singulier. Ainsi, on compte déjà six cavités ayant permis de loger des sphères et une autre, en position centrale, qui pourrait avoir servi à fixer un pivot.
D’autres indices ont été recueillis dans un secteur où un appendice maçonné se détache du mur du pourtour. Là, au sud du bâtiment, à l’opposé de la façade ouverte sur le vestibule de la Domus Aurea, les archéologues identifient un secteur technique dans lequel devaient être fixés les éléments d’un mécanisme hydraulique servant à entraîner la rotation du plancher, mais également à en contrôler le rythme, qui devait être lent et régulier. Le mouvement était assisté par des sphères semblables à celles de la plate-forme tournante retrouvée dans le lac de Nemi (fig. 5-6).

5- Restitution hypothétique

Fig. 5. Restitution hypothétique des planchers superposés au soubassement néronien. N’ayant pas retrouvé de traces de maçonneries au sommet du bâtiment, nous supposons qu’il était couronné par un plancher fixe A, percé par la cavité B, au centre, ainsi que par des ouvertures circulaires correspondant aux cavités hémisphériques C. Ces dernières accueillaient des sphères fixées sur le plancher A (voir figure suivante). Dans la cavité B venait se loger le pivot du plancher mobile D. La rotation de ce dernier, si elle était assistée par ces précurseurs de nos roulements à billes, était nécessairement assurée par un mécanisme, dont nous proposons de reconnaître les traces dans le secteur E qui comprend un court tronçon du mur annulaire et l’appendice méridional
(dessin J. Schodet 2011)

6-Plateforme de Nemi

Fig. 6. Base d’une plate-forme tournante du lac de Nemi, d’après G. Ucelli, « Le navi di Nemi », Rome, 1940, fig. 206.
Les galets ont la forme de sphères prolongées par deux ailettes latérales ayant servi à les fixer sur l’un des plans de la plate-forme tournante. La fixation était nécessaire pour maintenir la sphère en place, tout en la laissant libre de tourner

Dressée sur les pentes du Palatin, au centre de la résidence de Néron, à proximité du lac, du vestibule et donc du colosse, cette tour permettait aux invités de l’empereur de jouir d’un panorama qui, sur 360°, couvrait le sommet du Palatin, le Forum et le Capitole, la Velia et l’Esquilin, ainsi que le Caelius. Les caractéristiques de la construction suggèrent d’y reconnaître une réalisation de Sévère et Celer, les deux architectes qui ont participé à la construction de la Domus Aurea et dont Tacite vante l’ingéniosité (An., XV, 42) ; cet ouvrage laisse par ailleurs entrevoir l’attraction que la culture et les sciences hellénistiques exerçaient sur Néron.

Au stade actuel, il est possible de tenter une restitution du système adopté et de l’architecture de l’ensemble, en particulier grâce au témoignage apporté par un denarius frappé sous le règne de Néron, mais bien des détails restent encore mystérieux (fig. 7).

7- Restitution de l'édifice
Fig. 7. Essai de restitution de la salle à manger de Néron, la cenatio rotunda placée au sommet du soubassement mis au jour par les fouilles de la Vigna Barberini. Le dessin reprend les détails que donnent les revers des dupondii portant la légende MAC AVG
(dessin J. Schodet 2011)

Publications :
F. Villedieu, La cenatio rotunda de la Maison Dorée de Néron, dans CRAI, juillet-octobre 2010, III, 2011, p. 1089-1114.
F. Villedieu, La “Coenatio rotunda” neroniana e altre vestigia nel sito della Vigna Barberini al Palatino, dans Bollettino d’Arte 12, 2011 (XCVI), p. 1-28.